Académie Nexus

OSINT : ce que les sources ouvertes révèlent de votre organisation

L'OSINT — le renseignement d'origine sources ouvertes — a permis de documenter publiquement les grandes opérations d'ingérence de la décennie. Mais la même discipline sert d'abord ceux qui préparent une attaque contre votre organisation : tout ce qu'ils assemblent est public, légalement accessible, et vous l'avez souvent publié vous-même.

Elie Abousaab · 18 juillet 2026 · 3 min de lecture

Une discipline, deux directions

L'investigation en sources ouvertes désigne la collecte et l'analyse d'informations librement accessibles : registres publics, sites d'entreprise, réseaux sociaux, données techniques d'Internet (noms de domaine, certificats), images et documents publiés. Rien d'exotique : c'est la rigueur de la méthode qui fait la discipline, pas le secret des sources.

C'est par ces méthodes que des rapports publics ont reconstruit les opérations que nous analysons dans nos articles — l'infrastructure de Doppelgänger, la coordination de Portal Kombat — jusqu'à des attributions opposables. Mais la symétrie est totale : les mêmes méthodes servent à préparer une usurpation de dirigeant, une fraude au virement ou une campagne de déstabilisation ciblée.

Ce qu'un attaquant assemble en quelques heures

Sans rien d'illégal, à partir de données publiques ordinaires, un attaquant motivé reconstitue l'essentiel de ce dont il a besoin :

  • L'organigramme réel : profils professionnels en ligne, signatures d'emails publiées, organigrammes de plaquettes, mentions dans la presse locale — qui décide, qui paie, qui remplace qui pendant les congés.
  • Les habitudes du dirigeant : déplacements annoncés, conférences, interviews — dont on extrait la voix et l'image qui alimenteront un hypertrucage, et le calendrier qui rendra crédible une demande « urgente » en son absence.
  • L'écosystème fournisseurs et clients : marchés publics, communiqués conjoints, litiges publiés — la matière première d'un faux fournisseur crédible.
  • L'infrastructure : noms de domaine, certificats, offres d'emploi techniques qui détaillent vos outils — de quoi cibler l'usurpation là où elle passera.

Chacun de ces éléments est anodin isolément. C'est l'assemblage qui constitue la menace — et l'assemblage est précisément ce que la méthode OSINT enseigne à faire, et donc à anticiper.

L'OSINT défensif : se regarder avec les yeux de l'attaquant

La contre-mesure la plus rentable est de conduire l'exercice sur soi-même. Un audit d'empreinte en sources ouvertes — sur l'organisation et sur ses dirigeants — répond à trois questions : que peut-on assembler sur nous, qu'est-ce qui rend une attaque crédible, et qu'est-ce qui peut être retiré ou cloisonné à coût faible ?

Certaines expositions se réduisent (détails opérationnels dans les offres d'emploi, calendriers de déplacement publiés à l'avance, signatures détaillant les circuits de validation). D'autres sont irréductibles — un dirigeant public a une voix et un visage publics — et se traitent alors par procédure : c'est exactement le rôle de la règle du double canal face aux usurpations.

Lire : la règle du double canal face aux fraudes par deepfake

La méthode compte plus que l'outil

L'erreur classique des équipes qui se lancent est l'outillage sans méthode. L'investigation en sources ouvertes produit vite beaucoup de matière, et la matière abondante nourrit le biais de confirmation : on trouve ce qu'on cherchait. Les garde-fous sont méthodologiques — hypothèses alternatives explicites, séparation entre observation et interprétation, journalisation de chaque constat avec sa source et son horodatage, prudence d'attribution.

Ces garde-fous ne sont pas décoratifs : une qualification erronée, fondée sur une investigation bâclée, peut coûter plus cher que l'attaque elle-même — réponse publique injustifiée, accusation d'un tiers, contentieux. La collecte est légale quand elle porte sur des données publiques ; l'usage qui en est fait reste soumis au droit, à commencer par la protection des données personnelles.

Ce que vous pouvez faire lundi matin

  1. Passer une heure à vous chercher vous-même : votre organisation, vos dirigeants, vos domaines — avec les yeux d'un attaquant.
  2. Purger les expositions à coût nul : détails de circuits de validation dans les signatures, outils internes détaillés dans les offres d'emploi, calendriers de déplacement publiés à l'avance.
  3. Acter que l'exposition résiduelle des dirigeants se traite par procédure (double canal, question de vérification), pas par l'illusion de la discrétion.
  4. Imposer à toute synthèse de veille la règle « observation d'un côté, interprétation de l'autre, source et horodatage partout ».

Sources

  1. SGDSN / VIGINUM, RRN : une campagne numérique de manipulation de l'information complexe et persistante, 13 juin 2023 — exemple d'investigation en sources ouvertes publiée, de l'infrastructure à l'attribution.www.sgdsn.gouv.fr/publications/maj-19062023-rrn-une-campagne-numerique-de-manipulation-de-linformation-complexe-et
  2. EU DisinfoLab, Doppelganger — Media Clones Serving Russian Propaganda, septembre 2022.www.disinfo.eu/doppelganger
  3. Règlement (UE) 2016/679 (RGPD) — la collecte de données publiques n'exonère pas des règles de protection des données personnelles.

Cet article est une ressource de sensibilisation. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni un audit, ni une analyse adaptée à votre contexte particulier.

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